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Fromageries : ce que ces maisons m’ont appris de l’événementiel

30 juin 2026 par
Fromageries : ce que ces maisons m’ont appris de l’événementiel
Yves CONDÉ

Fromageries : ce que ces maisons m’ont appris de l’événementiel


Il y a des univers professionnels qui laissent une trace particulière.
Pour moi, les fromageries en font partie.

Pas seulement parce qu’elles renvoient à un produit populaire, familier, presque affectif. Mais parce qu’elles concentrent tout ce que l’événementiel peut avoir de plus exigeant : des sites industriels en activité, des contraintes d’hygiène, des équipes de production, des dirigeants, des élus, des salariés, des familles, des partenaires, et cette fierté très particulière que l’on ressent lorsqu’un territoire présente son savoir-faire.

Pendant mes années AUSTRASIA, j’ai eu la chance de croiser plusieurs maisons liées à cet univers.

BEL, Caprice des Dieux, DONGÉ, Schreiber, Les Frères Marchand, et quelques dossiers qui n’ont pas toujours abouti, mais qui ont tous nourri ma compréhension de ce secteur.

Avec le recul, je me rends compte que ces événements avaient un point commun : ils demandaient moins de faire du spectacle que de respecter un lieu, une histoire et des femmes et des hommes qui travaillaient souvent dans l’ombre.

BEL, Cléry-le-Petit et les souvenirs d’enfance

BEL occupe une place à part.

Pour beaucoup d’entre nous, certaines marques de ce groupe appartiennent presque à l’enfance. Elles étaient dans les réfrigérateurs, dans les goûters, dans les habitudes familiales.

Travailler autour d’un site comme celui de Cléry-le-Petit, c’était donc entrer dans une histoire qui dépassait largement le cadre d’une opération événementielle.

Dans mes souvenirs, ce dossier a été l’un des premiers contacts marquants avec cet univers. Il y avait la force d’une marque connue de tous, mais aussi la réalité d’un site industriel, avec ses rythmes, ses contraintes, ses accès, ses règles internes.

Un événement en fromagerie ne s’aborde pas comme une réception classique.

On ne vient pas simplement installer une structure, brancher du son et accueillir des invités. Il faut comprendre l’environnement, anticiper les circulations, respecter les zones de production, sécuriser les flux, tenir compte du personnel, des visiteurs, des prestataires et parfois des familles.

Ce sont des dossiers où l’événementiel apprend à rester à sa place.

Il doit servir le site, pas l’envahir.


BEL, Cléry-le-Petit, septembre 2012






Un espace d’accueil et de présentation sous chapiteau, pensé pour faire découvrir le site, ses savoir-faire industriels et créer les échanges autour de l’univers fromager.


60 ans de Caprice des Dieux à Illoud, en 2016






Entre scénographie, buffet fromager 
et mémoire de marque.

Caprice des Dieux à Illoud : la puissance d’un site vivant

L’opération Caprice des Dieux à Illoud, en 2016, reste l’un des souvenirs les plus forts.

D’abord parce que le lieu avait une identité très claire. Caprice des Dieux n’est pas une marque neutre. Elle évoque une forme de douceur, de gourmandise, de tradition populaire. Mais derrière l’image de marque, il y avait une organisation industrielle très concrète.

Et c’est souvent là que l’événementiel devient intéressant.

Sur place, il ne s’agissait pas seulement de créer un moment agréable. Il fallait composer avec le terrain, les accès, les contraintes logistiques, la sécurité, les rythmes de travail, les besoins techniques, les délais.

Je me souviens notamment des remblais nécessaires pour permettre le passage des poids lourds, de l’organisation en continu, de la présence quasi permanente sur site, des hébergements pris à proximité, et même d’un réseau téléphonique capricieux qui compliquait parfois la coordination.

Ce genre de détail ne se voit jamais sur les photos finales.

Pourtant, c’est souvent là que se joue la réussite d’un événement.

Dans la capacité à régler les sujets concrets, à faire tenir ensemble les besoins du client, les contraintes du site, les exigences de sécurité et l’expérience des invités.

Caprice des Dieux à Illoud m’a rappelé une chose simple : dans l’événementiel industriel, la beauté du résultat dépend souvent de tout ce que le public ne voit pas.

Les Frères Marchand : une rencontre née du fromage

C’est dans cette même période, en 2016, que le chemin des Frères Marchand a pris une place particulière dans mon parcours.

Je me souviens très bien de Philippe Marchand.

Alliance Fromagère m’avait demandé de prendre attache avec lui pour connaître son cahier des charges et ses besoins autour d’un buffet de fromages pour une soirée de la Confrérie des Fromagers.

Nous nous étions rencontrés dans ses bureaux, à Nancy.

J’avais été impressionné.

Pas par une mise en scène. Par la précision, la culture du produit, la manière de parler du fromage comme d’un patrimoine vivant.

Chez les Frères Marchand, on ne parle pas seulement de plateaux. On parle de sélection, de maturation, de transmission, de geste, de territoire, de saisonnalité.

Ce sont des mots qui résonnent fortement avec l’événementiel.

Un bon événement, lui aussi, repose sur le bon dosage. Trop peu, il passe inaperçu. Trop, il écrase le message. Il faut trouver l’équilibre.

Le buffet de fromages des Frères Marchand n’était donc pas un simple élément de restauration. C’était une signature. Une manière de dire quelque chose du lieu, de la région, du savoir-faire et de l’attention portée aux invités.

Le Palais du Gouvernement et l’art du rythme

Un autre souvenir me revient avec le Palais du Gouvernement.

Un dîner très particulier, avec douze passages, chacun accompagné de trois fromages.

Ce type de format demande une coordination fine.

Le service, la parole, le rythme, l’attention des invités, la sonorisation, l’équilibre entre le repas et les interventions : tout doit rester fluide.

Lorsque le fromage devient le fil conducteur d’une soirée, il ne suffit pas de le poser sur une table.

Il faut lui donner une place.

Le faire exister sans alourdir le moment.


Les Frères Marchand, Nancy, 2016

Le plateau record en cours de présentation : une mise en scène spectaculaire du fromage, des terroirs et du savoir-faire des affineurs.

Laisser le produit parler, tout en donnant au public les repères nécessaires pour l’apprécier.

C’est là que l’événementiel rejoint presque la mise en scène. Non pas pour fabriquer du faux, mais pour révéler ce qui est déjà là.

Le record du monde Guinness à Nancy

Toujours en 2016, les Frères Marchand ont également marqué les esprits avec le record du monde Guinness du plus grand plateau de fromages à Nancy.

Je préfère rester prudent sur les détails précis tant que je n’ai pas repris toutes mes archives, mais je garde le souvenir d’un moment hors norme.

Ce type d’opération demande une forme de rigueur particulière.

Il y a la dimension spectaculaire, bien sûr. Un record du monde attire l’attention, mobilise les médias, crée de la curiosité.

Mais derrière le symbole, il y a toute la mécanique : la préparation, les règles, la validation, la coordination, la présentation, les flux de visiteurs, le respect du produit.

Ce record disait quelque chose de Nancy, du savoir-faire fromager, de l’ambition des Frères Marchand et de la capacité d’un événement à transformer un produit du quotidien en moment collectif.

Un plateau de fromages peut devenir une image forte.

À condition de ne jamais oublier ce qu’il représente.

La Fromagerie Dongé : la blancheur d’un laboratoire et la force d’une maison familiale

La Fromagerie Dongé, à Cousances-lès-Triconville, est différent.

Plus intime, peut-être.


La Fromagerie DONGÉ, 
Cousances-lès-Triconville, 2018

Un accueil en extérieur, entre fromagerie, chapiteau et décor champêtre, pour créer un temps d’échange simple autour d’un savoir-faire local.


Visite des espaces de fabrication de la fromagerie DONGÉ

Dans les espaces de fabrication, la visite rappelait que derrière chaque événement il y a aussi des gestes précis, des lieux à respecter et une histoire de transmission.

Je garde l’image d’un laboratoire d’une blancheur impressionnante, d’un environnement très maîtrisé, presque silencieux, où chaque geste semblait compter.

Il y avait aussi cette dimension familiale, incarnée par une camionnette, par une présence simple, directe, attachée au produit et au lieu.

Dans ces maisons, on comprend vite que l’événementiel ne doit pas arriver avec de grands discours.

Il doit observer.

Écouter.

Comprendre ce qui fait la singularité du site.

Ce n’est pas la même chose d’organiser un événement dans une salle neutre et dans une fromagerie. Dans une fromagerie, l’histoire est déjà là. L’odeur, la matière, les gestes, les couloirs, les zones de production, les habitudes des équipes.

L’événement n’a pas à inventer une âme.

Il doit faire attention à ne pas l’abîmer.

Schreiber en 2019 : ouvrir un site sans perdre son exigence

En 2019, le dossier Schreiber à Cléry-le-Petit a prolongé cette relation avec l’univers fromager.

Dans les archives, la prestation AUSTRASIA concernait l’inauguration du site Schreiber de Cléry-le-Petit, prévue en juin.


Le dispositif racontait bien la nature de ce type d’événement.







Un chapiteau de 450 m² installé sur le parking. Un office traiteur de 25 m². Des besoins de sonorisation, d’éclairage et de vidéo-projection. Un geste inaugural avec ruban tricolore. Des visites guidées de l’usine avec audio-guides. Un vendredi tourné vers un public institutionnel et professionnel, avec environ 250 personnes. Un samedi en portes ouvertes, avec près de 700 personnes attendues. Un cocktail déjeunatoire, des ateliers, dont un temps autour du fromage.

Tout cela peut paraître très technique. Mais c’est justement ce qui rend ces dossiers passionnants.

Ouvrir un site industriel au public, même temporairement, demande une préparation sérieuse. Il faut accueillir sans désorganiser. Valoriser sans travestir. Montrer sans mettre en risque.

Dans une fromagerie, plus encore que dans d’autres secteurs, l’événement doit composer avec une double exigence : faire vivre un moment chaleureux et respecter un cadre de production très strict.

Les dossiers non signés font aussi partie de l’histoire

Il y a aussi eu des dossiers qui ne se sont pas faits.

Je pense notamment à la Fromagerie Hutin.

On parle moins souvent de ces projets, parce qu’ils ne donnent pas lieu à des photos, à des souvenirs partagés ou à des publications.

Pourtant, ils comptent aussi.

Un dossier non signé peut avoir demandé du temps, de l’écoute, des repérages, une réflexion budgétaire, des échanges avec les équipes, des projections.

Dans l’événementiel, tout ce qui ne se réalise pas n’est pas inutile.

Certains dossiers apprennent à mieux comprendre un secteur. À identifier ses contraintes. À ajuster une méthode. À savoir où placer le curseur entre l’ambition, le budget, le réalisme et le respect du site.

Les 20 ans d’AUSTRASIA et le geste des Frères Marchand

En 2017, lors de nos 20 ans, les Frères Marchand ont eu un geste que je n’ai pas oublié.

Pour nos deux soirées anniversaires, réunissant chacune environ 300 invités, ils avaient offert un plateau, ou plutôt une véritable pyramide de fromages.

Ce n’était pas un simple buffet.

C’était un cadeau.

Un signe d’amitié professionnelle, de reconnaissance mutuelle, de fidélité aussi.

Quand on travaille longtemps dans l’événementiel, on finit par mesurer la valeur de ces gestes. Les collaborations ne se résument pas aux devis, aux bons de commande et aux plannings.


Souvenir des 20 ans d’AUSTRASIA -  juin 2017

avec une création fromagère des Frères Marchand au cœur de la soirée, 
quand le produit devient un vrai moment de partage.

Elles reposent aussi sur des relations humaines, sur la confiance, sur les souvenirs partagés, sur ces moments où chacun apporte sa pierre au projet de l’autre.

Ce plateau des 20 ans disait cela.

Il disait qu’un parcours professionnel se construit aussi avec des rencontres.

Ce que les fromageries m’ont appris

Avec le recul, ces expériences dans l’univers des fromageries m’ont appris plusieurs choses.

D’abord, qu’un événement réussi n’est pas forcément celui qui se voit le plus.

C’est souvent celui qui respecte le mieux ce qu’il met en lumière.

Ensuite, que les sites industriels ont une dignité particulière. On n’y entre pas comme dans un décor. On y entre avec attention, parce que des équipes y travaillent, parce que des règles y protègent le produit, parce qu’une histoire y est déjà inscrite.

Enfin, que le fromage est un formidable support de récit.

Il parle de territoire, de patience, de geste, de transmission, de convivialité. Il rassemble sans avoir besoin de grands effets.

C’est sans doute pour cela que ces souvenirs restent aussi présents.

Ils ne sont pas seulement liés à des chapiteaux, des buffets, des inaugurations ou des records.

Ils sont liés à des maisons, à des femmes, à des hommes, à des produits, à des lieux.

Et à cette conviction, que je garde aujourd’hui avec un peu de distance et beaucoup de gratitude :

 L’événementiel est à son meilleur lorsqu’il révèle le travail des autres.

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