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Quand la maladie rassemble

30 septembre 2026 par
Quand la maladie rassemble
Yves CONDÉ

Ce que ces manifestations changent aussi pour les familles


À l’approche d’Octobre Rose, les affiches vont à nouveau apparaître dans nos villes.

À Nancy, des milliers de personnes se retrouveront pour marcher ou courir.

À Metz, La Messine mobilise chaque année autour du cancer du sein.

Sur les routes de Moselle et de Meurthe-et-Moselle, Une Rose Un Espoir fait depuis longtemps de la solidarité une histoire de proximité.

Au Luxembourg, le Relais pour la Vie rassemble pendant 24 heures des milliers de personnes autour de celles et ceux qui vivent ou ont vécu avec un cancer.

D’autres rendez-vous existent également : Lëtz Go Gold autour des cancers pédiatriques, le Broschtkriibslaf autour du cancer du sein…

Et lorsque l’on regarde au-delà du cancer, le Téléthon rappelle chaque année combien la mobilisation collective compte aussi pour les personnes atteintes de maladies rares et leurs familles.

On marche. On court. On roule à moto. On porte une couleur. On allume des bougies. On collecte. On se souvient. On accompagne.

Mais pourquoi avons-nous autant besoin de nous retrouver physiquement autour de la maladie ?

Je crois avoir compris une partie de la réponse cette année.

En mars, j’étais au Relais pour la Vie avec mes enfants

Le Relais pour la Vie de Luxembourg est un événement que je connaissais.
Cette année, je l’ai vécu autrement.
J’y étais avec mes enfants.

Et cette fois, je faisais partie de ceux que l’on appelle les « Survivors », les personnes qui ont vécu ou qui vivent avec un cancer.

Un mot étrange quand on le découvre appliqué à soi-même.
Pendant 24 heures, des milliers de personnes marchent ou courent.
Il y a les malades. Ceux qui ne le sont plus. Les familles. Les amis. Les soignants. Les équipes. Et les proches.

Beaucoup de visages. Beaucoup d’histoires.

Puis, au milieu de tout cela, il y a parfois un instant qui prend toute la place.

Je me souviens de mon fils

Je me souviens de ses yeux.
Ils étaient remplis de larmes.
Puis il m’a pris dans ses bras.
Nous n’avons presque rien eu besoin de dire.
Je ne sais pas exactement ce qu’il pensait à cet instant et je ne veux surtout pas parler à sa place.
Je sais seulement ce que j’ai ressenti.

Pendant quelques secondes, il y avait dans cette étreinte les mois précédents.

La maladie. Les traitements. Les inquiétudes. Les silences. L’attente des résultats. La peur que l’on dit.
Et probablement aussi celle que l’on garde pour soi.
Mais il y avait autre chose.
Nous étions là.

Ensemble.
Et je crois que nous prenions, chacun à notre manière, la mesure du chemin parcouru.

La maladie touche une personne, mais elle traverse une famille

Le diagnostic porte un nom.
Celui du malade.
Les traitements concernent son corps.
Les rendez-vous médicaux sont inscrits à son nom.
Mais la maladie ne s’arrête pas à la porte de sa chambre.
Autour, les proches entrent eux aussi dans un monde qu’ils n’avaient pas choisi.
Les enfants s’inquiètent.
Les conjoints accompagnent.
Les parents attendent.
Les amis cherchent parfois les bons mots.

On veut rassurer. On veut aider. On veut rester fort. On ne sait pas toujours comment faire.

Et il existe parfois un étrange mécanisme dans lequel chacun cherche à protéger l’autre.

Le malade rassure sa famille.
La famille rassure le malade.
Tout le monde essaie de tenir.
Et tout le monde traverse quelque chose.
Pas de la même façon.
Pas au même endroit.
Mais ensemble malgré tout.

C’est peut-être là que ces manifestations prennent une autre dimension

Une marche ne soigne pas un cancer.
Une course ne remplace pas un traitement.
Un ruban rose ne fait pas disparaître un diagnostic.
Une bougie ne supprime pas l’absence.
Tout le monde le sait.
Ces manifestations ont pourtant une fonction que l’on sous-estime parfois.

Elles rendent visible ce qui se vit habituellement dans l’intimité.

Dans une chambre.
Dans une voiture après un rendez-vous.
Dans une salle d’attente.
Autour d’une table familiale.
Dans ces silences où personne ne sait vraiment quoi dire.

Pendant quelques heures, la maladie quitte cet espace privé.

Elle devient une histoire collective.

Des centaines ou des milliers de personnes se retrouvent au même endroit et certaines savent immédiatement ce que les autres ont traversé.

Sans avoir besoin d’explication.

En Lorraine et au Luxembourg, 
les occasions de se retrouver sont nombreuses

Octobre Rose en est probablement l’expression la plus connue.

À Nancy, la marche-course rassemble chaque année plusieurs milliers de participants.

À Metz, La Messine est devenue un rendez-vous très identifié autour de la lutte contre le cancer du sein.

Une Rose Un Espoir possède une histoire particulière en Moselle, où le mouvement est né avant d’essaimer sur d’autres territoires.

Au Luxembourg, le Broschtkriibslaf porte lui aussi cette mobilisation autour du cancer du sein.

Lëtz Go Gold met en lumière les cancers pédiatriques.

Et puis il y a Le Relais pour la Vie.

Celui auquel je pense forcément différemment aujourd’hui.
Ces manifestations ne se ressemblent pas toutes.
Elles n’ont pas les mêmes formats.
Elles ne soutiennent pas toujours les mêmes causes.
Mais elles partagent quelque chose.
Elles refusent que la maladie reste invisible.

Les proches ont eux aussi besoin que leur épreuve soit reconnue

On parle naturellement du malade.
C’est juste.
Mais il existe autour de lui une onde de choc.
Un enfant qui voit son père ou sa mère entrer à l’hôpital ne vit pas la même chose que le malade.
Mais il vit quelque chose.
Un conjoint qui attend pendant une opération ne vit pas la même chose.
Mais il vit quelque chose.
Un proche qui accompagne chimiothérapies, consultations et résultats d’examens ne vit pas la même chose.
Mais lui traverse aussi l’épreuve.

Je crois que ces manifestations permettent parfois de reconnaître cela.

Elles donnent aux proches une place.
Pas à côté de l’histoire.
Dans l’histoire.
Le Relais pour la Vie le dit d’ailleurs très clairement lorsqu’il rend hommage aux Survivors mais aussi à celles et ceux qui accompagnent les malades.
Cette reconnaissance compte.
Parce qu’une maladie grave modifie souvent une famille entière.
Même lorsque les traitements se terminent.
Même lorsque les nouvelles deviennent meilleures.
Même lorsque chacun reprend peu à peu son quotidien.

Il s’est passé quelque chose.

Et personne ne revient exactement au point de départ.

Une manifestation peut parfois permettre ce que les mots n’ont pas permis

C’est probablement ce que je retiens le plus du Luxembourg.
Nous avons beaucoup parlé de la maladie en famille.
Mais il existe des choses difficiles à formuler.
Comment dire à quelqu’un que l’on a eu peur de le perdre ?
Comment dire que l’on a essayé de ne pas montrer cette peur ?
Comment raconter les scénarios que chacun a imaginés dans sa tête ?

Parfois, on ne le fait pas.
Et ce n’est pas forcément un problème.
Parce qu’il existe aussi des gestes.
Des regards.
Des bras qui se referment autour de vous.

Et à cet instant là, beaucoup de choses sont dites. Sans phrases.

Voilà pourquoi je ne regarde plus ces manifestations comme avant

Lorsque je vois aujourd’hui l’annonce d’Octobre Rose à Nancy, de La Messine à Metz, d’Une Rose Un Espoir sur les routes de Moselle ou d’un événement solidaire au Luxembourg, je ne vois plus uniquement une collecte ou une campagne de sensibilisation.

Je vois toutes les histoires qui vont se croiser.
Je vois celui qui marchera pour quelqu’un qui n’est plus là.
Je vois celle qui terminera sa première course après les traitements.
Je vois une famille qui accompagnera un proche encore malade.
Je vois des enfants qui découvriront peut-être pour la première fois que leur histoire familiale ressemble à celle de milliers d’autres familles.
Et je vois aussi ceux qui sont simplement venus soutenir.
Ils ont leur place.

La solidarité commence peut-être précisément là.

Lorsque nous décidons que l’épreuve d’un autre mérite que nous fassions quelques pas à ses côtés.

Il y a des événements dont on se souvient pour une image

Pour moi, le Relais pour la Vie 2026 restera associé à une image très simple.

Mon fils.
Ses yeux humides.
Puis cette étreinte.
Au milieu de milliers de personnes, pendant quelques secondes, il n’y avait plus de foule.
Il n’y avait plus de programme.
Il n’y avait plus d’événement.
Il y avait simplement un père et son fils.
Et peut-être cette pensée commune, même si nous ne l’avons jamais formulée exactement ainsi :

Nous avons traversé cela ensemble.

Voilà pourquoi ces marches, ces courses et ces mobilisations comptent.
Parce qu’elles soutiennent la recherche.
Parce qu’elles sensibilisent.
Parce qu’elles collectent des fonds.
Parce qu’elles rendent les malades visibles.

Mais aussi parce qu’en rassemblant des milliers de personnes, elles permettent parfois à deux membres d’une même famille de se retrouver vraiment.

Et cela aussi mérite d’être reconnu.

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