Ce que ces manifestations changent aussi pour les familles
À l’approche d’Octobre Rose, les affiches vont à nouveau apparaître dans nos villes.
À Nancy, des milliers de personnes se retrouveront pour marcher ou courir.
À Metz, La Messine mobilise chaque année autour du cancer du sein.
Sur les routes de Moselle et de Meurthe-et-Moselle, Une Rose Un Espoir fait depuis longtemps de la solidarité une histoire de proximité.
Au Luxembourg, le Relais pour la Vie rassemble pendant 24 heures des milliers de personnes autour de celles et ceux qui vivent ou ont vécu avec un cancer.
D’autres rendez-vous existent également : Lëtz Go Gold autour des cancers pédiatriques, le Broschtkriibslaf autour du cancer du sein…
Et lorsque l’on regarde au-delà du cancer, le Téléthon rappelle chaque année combien la mobilisation collective compte aussi pour les personnes atteintes de maladies rares et leurs familles.
On marche. On court. On roule à moto. On porte une couleur. On allume des bougies. On collecte. On se souvient. On accompagne.
Mais pourquoi avons-nous autant besoin de nous retrouver physiquement autour de la maladie ?
Je crois avoir compris une partie de la réponse cette année.
En mars, j’étais au Relais pour la Vie avec mes enfants
Le
Relais pour la Vie de Luxembourg est un événement que je connaissais.
Cette
année, je l’ai vécu autrement.
J’y
étais avec mes enfants.
Et cette fois, je faisais partie de ceux que l’on appelle les « Survivors », les personnes qui ont vécu ou qui vivent avec un cancer.
Un
mot étrange quand on le découvre appliqué à soi-même.
Pendant
24 heures, des milliers de personnes marchent ou courent.
Il
y a les malades. Ceux
qui ne le sont plus. Les
familles. Les
amis. Les
soignants. Les
équipes. Et
les proches.
Beaucoup de visages. Beaucoup d’histoires.
Puis, au milieu de tout cela, il y a parfois un instant qui prend toute la place.
Je me souviens de mon fils
Je me souviens
de ses yeux.
Ils étaient
remplis de larmes.
Puis il m’a
pris dans ses bras.
Nous n’avons
presque rien eu besoin de dire.
Je ne sais pas
exactement ce qu’il pensait à cet instant et je ne veux surtout pas parler à sa
place.
Je sais
seulement ce que j’ai ressenti.
Pendant quelques secondes, il y avait dans cette étreinte les mois précédents.
La maladie. Les
traitements. Les
inquiétudes. Les silences. L’attente des
résultats. La peur que
l’on dit.
Et
probablement aussi celle que l’on garde pour soi.
Mais il y
avait autre chose.
Nous étions
là.
Ensemble.
Et je crois
que nous prenions, chacun à notre manière, la mesure du chemin parcouru.
La maladie touche une personne, mais elle traverse une famille
Le
diagnostic porte un nom.
Celui
du malade.
Les
traitements concernent son corps.
Les
rendez-vous médicaux sont inscrits à son nom.
Mais
la maladie ne s’arrête pas à la porte de sa chambre.
Autour,
les proches entrent eux aussi dans un monde qu’ils n’avaient pas choisi.
Les
enfants s’inquiètent.
Les
conjoints accompagnent.
Les
parents attendent.
Les
amis cherchent parfois les bons mots.
On veut rassurer. On veut aider. On veut rester fort. On ne sait pas toujours comment faire.
Et il existe parfois un étrange mécanisme dans lequel chacun cherche à protéger l’autre.
Le
malade rassure sa famille.
La
famille rassure le malade.
Tout
le monde essaie de tenir.
Et
tout le monde traverse quelque chose.
Pas
de la même façon.
Pas
au même endroit.
Mais
ensemble malgré tout.
C’est peut-être là que ces manifestations prennent une autre dimension
Une
marche ne soigne pas un cancer.
Une
course ne remplace pas un traitement.
Un
ruban rose ne fait pas disparaître un diagnostic.
Une
bougie ne supprime pas l’absence.
Tout
le monde le sait.
Ces
manifestations ont pourtant une fonction que l’on sous-estime parfois.
Elles rendent visible ce qui se vit habituellement dans l’intimité.
Dans
une chambre.
Dans
une voiture après un rendez-vous.
Dans
une salle d’attente.
Autour
d’une table familiale.
Dans
ces silences où personne ne sait vraiment quoi dire.
Pendant quelques heures, la maladie quitte cet espace privé.
Elle devient une histoire collective.
Des centaines ou des milliers de personnes se retrouvent au même endroit et certaines savent immédiatement ce que les autres ont traversé.
Sans avoir besoin d’explication.
En Lorraine et au Luxembourg,
les occasions de se retrouver sont nombreuses
Octobre Rose en est probablement l’expression la plus connue.
À Nancy, la marche-course rassemble chaque année plusieurs milliers de participants.
À Metz, La Messine est devenue un rendez-vous très identifié autour de la lutte contre le cancer du sein.
Une Rose Un Espoir possède une histoire particulière en Moselle, où le mouvement est né avant d’essaimer sur d’autres territoires.
Au Luxembourg, le Broschtkriibslaf porte lui aussi cette mobilisation autour du cancer du sein.
Lëtz Go Gold met en lumière les cancers pédiatriques.
Et puis il y a Le Relais pour la Vie.
Celui
auquel je pense forcément différemment aujourd’hui.
Ces
manifestations ne se ressemblent pas toutes.
Elles
n’ont pas les mêmes formats.
Elles
ne soutiennent pas toujours les mêmes causes.
Mais
elles partagent quelque chose.
Elles
refusent que la maladie reste invisible.
Les proches ont eux aussi besoin que leur épreuve soit reconnue
On
parle naturellement du malade.
C’est
juste.
Mais
il existe autour de lui une onde de choc.
Un
enfant qui voit son père ou sa mère entrer à l’hôpital ne vit pas la même chose
que le malade.
Mais
il vit quelque chose.
Un
conjoint qui attend pendant une opération ne vit pas la même chose.
Mais
il vit quelque chose.
Un
proche qui accompagne chimiothérapies, consultations et résultats d’examens ne
vit pas la même chose.
Mais
lui traverse aussi l’épreuve.
Je crois que ces manifestations permettent parfois de reconnaître cela.
Elles
donnent aux proches une place.
Pas
à côté de l’histoire.
Dans
l’histoire.
Le
Relais pour la Vie le dit d’ailleurs très clairement lorsqu’il rend hommage aux
Survivors mais aussi à celles et ceux qui accompagnent les malades.
Cette
reconnaissance compte.
Parce
qu’une maladie grave modifie souvent une famille entière.
Même
lorsque les traitements se terminent.
Même
lorsque les nouvelles deviennent meilleures.
Même
lorsque chacun reprend peu à peu son quotidien.
Il s’est passé quelque chose.
Et personne ne revient exactement au point de départ.
Une manifestation peut parfois permettre ce que les mots n’ont pas permis
C’est
probablement ce que je retiens le plus du Luxembourg.
Nous
avons beaucoup parlé de la maladie en famille.
Mais
il existe des choses difficiles à formuler.
Comment
dire à quelqu’un que l’on a eu peur de le perdre ?
Comment
dire que l’on a essayé de ne pas montrer cette peur ?
Comment
raconter les scénarios que chacun a imaginés dans sa tête ?
Parfois,
on ne le fait pas.
Et
ce n’est pas forcément un problème.
Parce
qu’il existe aussi des gestes.
Des
regards.
Des
bras qui se referment autour de vous.
Et à cet instant là, beaucoup de choses sont dites. Sans phrases.
Voilà pourquoi je ne regarde plus ces manifestations comme avant
Lorsque je vois aujourd’hui l’annonce d’Octobre Rose à Nancy, de La Messine à Metz, d’Une Rose Un Espoir sur les routes de Moselle ou d’un événement solidaire au Luxembourg, je ne vois plus uniquement une collecte ou une campagne de sensibilisation.
Je
vois toutes les histoires qui vont se croiser.
Je
vois celui qui marchera pour quelqu’un qui n’est plus là.
Je
vois celle qui terminera sa première course après les traitements.
Je
vois une famille qui accompagnera un proche encore malade.
Je
vois des enfants qui découvriront peut-être pour la première fois que leur
histoire familiale ressemble à celle de milliers d’autres familles.
Et
je vois aussi ceux qui sont simplement venus soutenir.
Ils
ont leur place.
La solidarité commence peut-être précisément là.
Lorsque nous décidons que l’épreuve d’un autre mérite que nous fassions quelques pas à ses côtés.
Il y a des événements dont on se souvient pour une image
Pour moi, le Relais pour la Vie 2026 restera associé à une image très simple.
Mon
fils.
Ses
yeux humides.
Puis
cette étreinte.
Au
milieu de milliers de personnes, pendant quelques secondes, il n’y avait plus
de foule.
Il
n’y avait plus de programme.
Il
n’y avait plus d’événement.
Il
y avait simplement un père et son fils.
Et
peut-être cette pensée commune, même si nous ne l’avons jamais formulée
exactement ainsi :
Nous avons traversé cela ensemble.
Voilà
pourquoi ces marches, ces courses et ces mobilisations comptent.
Parce
qu’elles soutiennent la recherche.
Parce
qu’elles sensibilisent.
Parce
qu’elles collectent des fonds.
Parce
qu’elles rendent les malades visibles.
Mais aussi parce qu’en rassemblant des milliers de personnes, elles permettent parfois à deux membres d’une même famille de se retrouver vraiment.
Et cela aussi mérite d’être reconnu.
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